De la frustration fondatrice à la logique structurée
Cette partie couvre ma première décennie de vie numérique, de la préadolescence à l'aube de l'an 2000.
Le fil rouge : Comment l’informatique m'a d'abord été imposé (comme outil de travail, comme standard scolaire) avant que je n'apprenne à le détourner (par le jeu, le piratage, la ruse).
Ce que vous allez y trouver :
-Le conflit des logiques : Le choc entre le désir de l'enfant (jouer, Amstrad) et la prescription des adultes (travailler, Thomson, Plan "Informatique Pour Tous").
-L'apprentissage par la douleur : Recopier des codes qui ne marchent pas, attendre des heures sur cassette, déboguer seul. Une école de la patience et de la résilience..
-La prise de conscience structurelle : Le passage du "bouton magique" à la compréhension de la logique (grâce à un prof atypique et aux premiers langages structurés).
-La fracture sociale : Comment l'accès au matériel (ou son refus) a dessiné nos destins numériques (moi vs mon cousin).
"Je n'ai pas choisi le numérique. Et lui ne m'a pas vraiment choisi non plus."
Si je m’intéresse à ces années de frustration, c'est parce qu'elles contiennent en germe toute ma posture actuelle. Je ne suis pas devenu médiateur numérique parce que j'aimais la technologie. Je le suis devenu parce que j'ai dû comprendre une technologie qu'on m'avait imposée pour ne pas la subir.
Cette période m'a appris trois choses fondamentales qui guident encore mon travail aujourd'hui :
-La technique n'est jamais neutre : Derrière le choix d'un ordinateur familial en 1985, il y avait des politiques d'État, des rapports de force familiaux, des visions de l'avenir.
-L'usage réel déborde toujours le prescrit : On m'a vendu un outil éducatif, j'en ai fait un terrain de jeu (et de piratage). On m'a exclu des décisions, je me suis formé en cachette.
-Comprendre vaut mieux qu'obéir : Mon prof de Pascal ne m'a pas appris à appuyer sur des boutons, il m'a appris à comprendre ce que le bouton fait. C'est toute la différence entre former des exécutants et former des citoyens.
Lire cette partie, c'est voir comment se fabrique un "observateur participant involontaire". C'est l'histoire de comment un gamin, exclu du "conseil de guerre" familial, a fini par décoder les règles du jeu mieux que les généraux qui l'ont dirigé.