Souvenirs d'un curseur

Souvenirs d'un curseur

Je n’ai pas choisi le numérique. Et lui ne m’a pas vraiment choisi non plus. Il était déjà là quand j’ai commencé à m’en rendre compte : dans le salon familial, dans un TO7/70 récalcitrant, dans un script capricieux, dans les consoles des copains, dans les workflows des bureaux où j’ai atterri plus par accident que par vocation.

Mon parcours n’a jamais eu la politesse d’être linéaire. Il a zigzagué, déraillé, repris, muté. Un itinéraire contrarié, flou, plein de bifurcations que je n’ai pas demandées. Alors, pour tenir debout, j’ai fait ce que font les espèces un peu nerveuses quand l’écosystème tremble :
j’ai observé.

J’ai toujours été là où le monde changeait sans prévenir. Et à chaque fois, plutôt que de m’accrocher au rocher en criant « au secours »,
je me suis penché pour regarder comment tout ça fonctionnait. Non pas avec fascination, mais avec la même inquiétude tranquille que l’on trouve chez ceux qui doivent comprendre leur environnement pour y survivre.

Le numérique, pour moi, n’est pas un hobby, ni une passion, ni un refuge. C’est un milieu, une atmosphère, un climat. Je n’en suis ni l’enfant prodige, ni le disciple enthousiaste, encore moins la victime. Je suis l’habitant — un peu inquiet, un peu amusé — d’un monde qui se recompose plus vite que les manuels qui prétendent l’expliquer.

Alors j’ai développé une drôle de manière d’être : une sorte d’observation participante involontaire. Je fais partie de la scène, mais je reste en coin pour regarder comment les autres jouent. Je tape des lignes de code tout en notant mentalement la chorégraphie que ça impose aux corps et aux nerfs. Je participe sans m’y fondre. Je décris sans surplomber. J’essaie de comprendre ce que les machines font aux gens
et ce que les gens font aux machines — à commencer par moi.

Ici, je raconte donc un parcours
qui n’avance ni droit, ni vite, ni selon le plan annoncé. Je ne raconte ni “ma vie numérique”, ni “l’histoire de la technologie”. Je raconte ce qu’on devient quand le monde change autour de vous et qu’il faut, à chaque étape, trouver un nouvel appui.

C’est une autobiographie, oui. Mais c’est surtout une tentative de décrire ce qu’il se passe quand, dans la vie quotidienne la plus ordinaire, le numérique devient le décor, l’air, la gravité.

Une tentative pour raconter — avec un peu d’humour, un peu de lucidité, et beaucoup de doutes — comment on survit, comment on s’adapte, et comment, parfois, on apprend à regarder la machine pour mieux comprendre l’humain.

Bienvenue dans ce terrain mouvant.
Je vous y retrouve depuis la place que j’occupe.